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Bertrand GAUJE
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: Dossiers : Techniques : Carnassiers mer
Le cas du Bar
Nous allons maintenant voir plus en détail le cas du bar et tenter de percer son mode d’assimilation des dangers.
Durant son existence, le bar va rencontrer de multiples embûches, qu’il devra apprendre à éviter pour devenir adulte et prospérer.
Dès son éclosion, fin Février - début Mars, après résorption de son sac vitellin, il va prendre la route du littoral et plus spécialement celle des estuaires. Chemin faisant, bon nombre de ses camarades vont être arrêtés dans leurs quête de la vie par des prédateurs marins beaucoup plus vieux qu’eux.
A leur arrivée, mi-Avril, le nombre de ses congénères aura été divisé par mille ! Lors de ce long voyage, il aura découvert et appris à déjouer les pièges de bon nombre de carnassiers, en voyant souvent la mort de prés (la gueule d’un lieu par exemple !). Par la suite, il fera la découverte d’autres prédateurs, tombant du ciel et plein de plumes en divers coloris et modèles, du noir au blanc à courtes ou longues pattes.
A l’apogée de la saison estivale, il va découvrir ses premiers "cactus" : hameçons en taille 16 à 22, présentés par des pêcheurs de fritures tous ignorants des tailles légales de captures en vigueur (sans la moindre visite d’un gendarme maritime d’ailleurs). Dans ce cas précis il n’y a pas souvent d’apprentissage car les bars, peu éduqués, avalent souvent le morceau de vers proposé jusqu’à l'oesophage, au grand plaisir de ces "viandards amateurs de friture".
Il va séjourner là, dans l’eau saumâtre fort riche en nourriture jusqu’à mi-Novembre, pour repartir ensuite en mer pour passer l’hiver et de nouveau avoir affaire avec tous ces vilains poissons qui se jettent sur lui et ses frères gueules grandes ouvertes ; pour survivre, il va apprendre à changer maintes et maintes fois de direction pour éviter les dents de ses poursuivants, apprendre à se cacher, puis le printemps revenu, lui et ses compères reviendront vers les estuaires, de moins en moins nombreux avec leurs petits frères de l’année qui feront les frais des piéges des dangers qu’ils connaissent déjà bien. Ce petit manège durera jusqu’à l’âge de trois à quatre ans, jusqu’à la taille de vingt à vingt-cinq centimètres (mâles et femelles confondus).
Là, une vie plus maritime s’impose à notre bar, avec sa taille grandissante, il est devenu à son tour prédateur, et les poissonnets font déjà partie de son régime alimentaire, maintenant seuls les gros prédateurs peuvent encore l’inquiéter et bien sûr, nous "l’Homme". Là commence réellement son apprentissage de tous nos dangers, plus ou moins évolués. Nous arrivons enfin au sujet qui nous intéresse :
Le processus d’apprentissage du Bar
Après avoir vu les dangers naturels : oiseaux, poissons, mammifères... notre bar va découvrir les dangers artificiels.
Lors de la période estivale notre jeune bar va axer sa prédation estivale sur du fretin, sprat, sardine, lançons, athérine... C’est à ce moment précis qu’il va faire connaissance avec de curieux poissons tout durs et qui piquent.
Je vais maintenant vous décrire différentes situations de pêche vécues qui vont nous permettre de découvrir le processus cognitif du bar.
Le cas de figure le plus courant est la prise d’un poisson hors taille (36 cm) remis ensuite à l’eau ; là, l’apprentissage est direct.
Le bar, avant de mordre à votre leurre quel qu’il soit, a tout d’abord perçu ses vibrations qui l’ont mis en alerte puis ensuite guidé vers lui, il l'a à peu après distingué, vu (2), puis senti (3) avant de l’engamer.
Dans cette simple et courante expérience, votre capture va avoir emmagasiné les trois informations suivantes : les vibrations, ce sont les ondes sonores produites par les billes des leurres, elle permettent aux poissons de détecter le leurre avant même d’en avoir percu la présence ; les vibrations du leurre, ce sont ses vibrations propres, c’est à dire sa fréquence de nage (rapide, le volume toujours identique que j’aime à comparer avec un code-barre, car le saucisson à l’ail de 8 kg n’a pas le même code barre qu’un kilo de riz au supermarché, tout comme un raglou 12 n’a pas le même déplacement de fluide (le même code barre) qu’un rapala 14) et émet cette fréquence vibratoire, est un danger pour lui ; lors de sa prochaine rencontre avec ce leurre, il sera beaucoup plus méfiant envers celui-ci et ne fera que le suivre seul ou en compagnie de ses congénères, (comme sa lointaine cousine la perche) qui feront peut-être aussi les frais de ce même leurre.
Là l’expérience déjà vécue par lui va se reproduire, le combat d’un de ses frères, ses coups de queue, ses émissions d’ondes de détresse vont alors être perçues par ses semblables, présents aux alentours, qui, parfois, suivent le combat d’un des leurs jusqu'au bord de nos embarcations. Cette scène va renforcer sa méfiance en vers ce leurre, qui à la longue se changera en répulsion.
Avec le temps les bateaux deviendront aussi des dangers ; plus les jours, les mois et les saisons s’écouleront, plus notre bar deviendra méfiant.
Il ne faut pas non plus tomber dans l’extrême et changer de leurres chaque saison, mais apprendre à les utiliser différemment (maniement) et leur apporter bon nombre de petits plus :
- décorations ;
- modification de l’aspect, silhouette ;
- modificatoin des ondes sonores (ajout de systémes briuteurs) ;
- amélioration de l’odeur par l’adjonction de divers produits ;
- addition des fréquences vibratoires par effet de bancs et de couplages.
Dans la prochaine et dernière partie de cet article, vous découvrirez en détail les quatre points énumérés ci-dessus, afin de transformer vos leurres de série en leurres GTI ! ( de la 2 chevaux à la F1).
Bertrand GAUJE